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Guidelines 2025 de l'ERC : ce qui change, et pourquoi cela nous concerne tous

8 min de lecture Publié le 24 octobre 2025 Mis à jour le 12 juin 2026

En octobre 2025, le Conseil Européen de Réanimation (European Resuscitation Council, ERC) a publié ses nouvelles recommandations. Fidèle à son rythme quinquennal entamé en 2000, l'ERC actualise ainsi la base scientifique sur laquelle repose l'enseignement de la réanimation et des premiers secours à travers toute l'Europe.

Tous les cinq ans, le monde de l'urgence retient un peu son souffle, ce qui, avouons-le, est paradoxal pour une discipline dont le métier consiste justement à le rendre à ceux qui l'ont perdu. En octobre 2025, le Conseil Européen de Réanimation (European Resuscitation Council, ERC) a publié ses nouvelles recommandations. Fidèle à son rythme quinquennal entamé en 2000, l'ERC actualise ainsi la base scientifique sur laquelle repose l'enseignement de la réanimation et des premiers secours à travers toute l'Europe.

Pour les professionnels des CESU, les formateurs et les professionnels de santé, ces guidelines ne sont pas une simple lecture de rentrée : elles dessinent le cadre de référence vers lequel converge, à terme, l'ensemble de nos pratiques pédagogiques. Petit tour d'horizon de ce qui bouge, et de ce qui, rassurez-vous, ne bouge pas.

D'où viennent ces recommandations ?

Les guidelines ERC 2025 s'appuient sur le consensus scientifique international de l'ILCOR (International Liaison Committee on Resuscitation), construit à partir de revues systématiques, de revues exploratoires et de mises à jour des données probantes. Lorsque la preuve manquait, l'ERC a formulé des « déclarations de bonne pratique ». Autrement dit : de la science d'abord, de l'expertise ensuite, et de l'humilité quand les certitudes font défaut. Une méthode rassurante.

Le périmètre est volontairement large : épidémiologie de l'arrêt cardiaque, rôle des systèmes de secours, réanimation de base et spécialisée de l'adulte, situations particulières, soins post-réanimation, réanimation du nouveau-né et de l'enfant, éthique, éducation et premiers secours. Un édifice complet, pensé comme un cadre commun que chaque pays adapte ensuite à sa législation et à son organisation sanitaire.

Une chaîne de survie repensée

Concept fondateur depuis plus de vingt ans, la chaîne de survie conserve ses quatre maillons. Mais l'ERC en redistribue les priorités, et c'est sans doute l'évolution la plus structurante de cette édition.

Le premier maillon met désormais l'accent sur la prévention et la reconnaissance précoce de la détérioration clinique et de l'arrêt cardiaque. Le deuxième fusionne la réanimation cardio-pulmonaire et la défibrillation précoces en une approche intégrée du Basic Life Support. Le troisième rassemble les soins avancés et les soins post-réanimation.

Et le quatrième consacre une notion qui, jusqu'ici, restait dans l'ombre : le rétablissement à long terme. Car sauver une vie ne s'arrête pas au retour d'un pouls. La récupération physique, neurologique et psychologique du patient, et l'accompagnement de ses proches deviennent une composante à part entière du soin. Le constat qui motive ce virage est sobre : à peine un survivant sur trois accède aujourd'hui à un programme de réhabilitation, et environ un sur dix seulement à une rééducation des lésions cérébrales. Le dernier maillon de la chaîne, en somme, reste largement à forger.

Reconnaître, alerter, masser : l'essentiel demeure

Bonne nouvelle pour les formateurs : les fondamentaux ne sont pas réécrits, ils sont affinés. La séquence reste limpide : vérifier, alerter, masser, et le rapport de 30 compressions pour 2 insufflations chez l'adulte ne bouge pas d'un iota.

L'ERC précise toutefois un point qui sème encore le doute sur le terrain : une brève activité ressemblant à une crise convulsive peut survenir au tout début d'un arrêt cardiaque. Face à une personne inconsciente dont la respiration est anormale, le réflexe doit rester le même : présumer l'arrêt cardiaque et agir. Mieux vaut un massage de trop qu'une seconde perdue.

Le défibrillateur entre dans l'ère connectée

C'est l'un des axes les plus modernes de cette édition. L'ERC encourage désormais les opérateurs des centres d'appel d'urgence à guider activement l'appelant pour localiser et utiliser un défibrillateur automatisé externe (DAE). Mieux : il recommande l'intégration de registres de DAE en temps réel, afin que le régulateur visualise immédiatement l'appareil disponible le plus proche. Le citoyen n'est plus seul devant l'appareil : une voix l'accompagne, données à l'appui.

Côté technique, une précision pratique fait son apparition : chez l'adulte, après trois chocs infructueux, il est suggéré de repositionner une électrode plus près du centre du thorax. Un détail ? Sur le terrain, ce sont précisément les détails qui font la différence.

Pour les équipes professionnelles : la physiologie d'abord

Le chapitre Advanced Life Support confirme un cap : une réanimation plus précoce, plus pragmatique et résolument centrée sur la physiologie. L'ERC rappelle que les trois à cinq premières minutes sont décisives, et insiste sur une ventilation efficace associée à des compressions de qualité, une défibrillation précoce, l'identification et le traitement les plus rapides possibles des causes réversibles, ainsi que l'administration d'adrénaline dans les rythmes non choquables.

Rien de spectaculaire, dira-t-on ! et c'est tout l'intérêt. La performance ne se joue pas dans la nouveauté, mais dans la rigueur du geste, répété jusqu'à devenir réflexe.

Premiers secours : du ABC au ABCDE

La section premiers secours, elle, connaît un véritable développement. Elle adopte désormais l'approche ABCDE en lieu et place du traditionnel modèle ABC, pour une évaluation plus complète de la victime. Les hémorragies graves montent d'un cran dans les priorités, avec une mention explicite du garrot. De nouvelles situations entrent dans le champ : coup de chaleur et hypothermie, amputations, hypoglycémie y compris chez les non-diabétiques. Et lorsque le matériel adéquat manque, l'improvisation raisonnée est encouragée. Une reconnaissance bienvenue de la réalité du terrain, où le secouriste fait souvent avec ce qu'il a.

Situations particulières et pédiatrie

Un chapitre dédié aux circonstances particulières approfondit la prise en charge du traumatisme, de la noyade, de l'asthme ou encore de l'hypothermie. Chez l'enfant et le nourrisson, quelques ajustements méritent l'attention des formateurs : pour le nourrisson de moins d'un an, les compressions se pratiquent sur un plan dur, avec la technique des deux pouces, désormais préférée à celle des deux doigts, jugée moins performante. Le rythme de 15 compressions pour 2 insufflations (précédées de 5 insufflations initiales) reste de mise. Enfin, l'ERC reste prudent vis-à-vis des dispositifs anti-étouffement de type aspirateur, faute de données suffisantes pour les recommander.

Sauver, cela s'apprend ! et de plus en plus tôt

Si une idée traverse toute l'édition 2025, c'est bien celle-ci : la formation est un maillon de survie à part entière. L'ERC plaide pour une éducation précoce et répétée, dès l'école : l'alerte dès 4 à 6 ans, puis, au fil de la scolarité, les compressions, les insufflations et l'usage du DAE. L'objectif, porté par la dynamique Kids Save Lives, est clair : faire de chaque citoyen un maillon fiable de la chaîne de survie. La compétence ne s'improvise pas le jour J ; elle se sème des années plus tôt.

Et en France, concrètement ?

Voici le point essentiel pour notre communauté. Les guidelines de l'ERC constituent un cadre européen de référence, non un texte d'application directe. En France, les gestes enseignés et pratiqués continuent de s'inscrire dans le cadre officiel défini par les autorités nationales : référentiels de la Sécurité civile et de l'INRS côté ministère de l'Intérieur ou du ministère du Travail, sociétés savantes et filières d'enseignement médicales et paramédicales côté ministère de la Santé.

Pour les CESU, dont l'enseignement s'articule autour de l'AFGSU et des référentiels nationaux, ces recommandations européennes sont une boussole précieuse : elles éclairent la direction du vent scientifique, tout en laissant aux instances françaises le soin de transposer, de valider et d'intégrer les évolutions dans nos formations. C'est précisément là que se joue le rôle de l'ANCESU : assurer la veille, accompagner l'appropriation et garantir, partout sur le territoire, une formation à jour, harmonisée et fidèle à l'état de l'art.

En résumé

Les guidelines 2025 de l'ERC ne révolutionnent pas les gestes : elles les replacent dans une vision plus large, plus humaine et plus systémique. De la prévention au rétablissement, du DAE connecté à l'écolier formé, le message est cohérent : la survie est l'affaire d'une chaîne, et chaque maillon compte : du témoin qui appelle au formateur qui transmet.

À nous, désormais, de faire vivre ces évolutions dans nos salles de formation. Car entre une recommandation publiée et un geste maîtrisé, il y a un espace que nul algorithme ne comblera : celui de la pédagogie.