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La gestion de l'arrêt cardiaque en langue des signes

5 min de lecture Publié le 13 avril 2024 Mis à jour le 12 juin 2026

Face à un cœur qui s'arrête, on dit souvent que « chaque seconde compte ». Mais que se passe-t-il lorsque la victime ou le témoin ne peut ni entendre la voix du régulateur, ni décrire la scène au téléphone ? La réponse tient en trois chiffres et beaucoup de mains : le 114.

Quand le temps joue contre le cœur

L'arrêt cardiaque ne prévient pas. Il frappe à domicile, dans la rue, au travail, au stade, sans distinction d'âge ni d'agenda. Chaque année en France, on estime que 40 000 à 50 000 personnes en décèdent, et 7 fois sur 10, le drame se joue devant un témoin. Autant dire devant quelqu'un qui pourrait agir.

Car c'est bien là le nerf de la guerre : le facteur temps. Passé les premières minutes, chaque minute écoulée sans réanimation réduit les chances de survie d'environ 10 %. La logique est implacable et, heureusement, réversible : un massage cardiaque débuté par un témoin double les chances de survie, et associé à une défibrillation précoce, il peut les multiplier par cinq.

Tout repose sur une mécanique bien rodée, la chaîne de survie : alerter les secours, masser, défibriller, puis confier la victime aux équipes médicales. Quatre maillons, dont les premiers ne sont pas l'affaire des seuls professionnels : ils sont à la portée de n'importe quel citoyen présent au bon endroit, au bon moment.

Sauf qu'il y a un implicite dans cette belle mécanique. Le tout premier maillon, l'alerte, suppose qu'on puisse… donner l'alerte.

Alerter sans la voix : le maillon longtemps oublié

Composer le 15, parler, écouter les consignes du régulateur, répondre à ses questions : pour la plupart d'entre nous, c'est un réflexe. Pour les personnes sourdes, sourdaveugles, malentendantes ou aphasiques, plusieurs millions de personnes en France, ce réflexe se heurte à un mur. Comment décrire une victime inconsciente à une voix qu'on n'entend pas ? Comment recevoir, geste par geste, les instructions d'un massage cardiaque par un canal purement sonore ?

Pendant longtemps, ce premier maillon a tout simplement manqué pour une partie de la population. Or un maillon manquant, dans une chaîne, on sait ce que cela donne.

Le 114, la chaîne de survie sans le son

C'est précisément la brèche que vient combler Urgence 114, le numéro d'urgence national gratuit, accessible 24h/24 et 7j/7, réservé aux personnes sourdes, sourdaveugles, malentendantes et aphasiques, pour toutes les urgences médicales, mais aussi pompiers et forces de l'ordre.

Sa particularité ? Il ne passe pas par la voix. On y accède en visio, pour échanger en langue des signes française (LSF), par tchat ou par SMS, depuis le site urgence114.fr ou l'application mobile dédiée. À l'autre bout, des agents formés à la communication adaptée reçoivent l'alerte, dialoguent dans la langue de l'appelant et transmettent la demande aux services de secours compétents. La chaîne de survie retrouve son premier maillon sans avoir eu besoin d'un seul décibel.

Le conseil d'Urgence 114 vaut d'ailleurs pour tout le monde : on n'attend pas l'urgence pour s'équiper. Télécharger l'application avant d'en avoir besoin, c'est un peu comme vérifier ses extincteurs un jour de calme plutôt qu'au milieu des flammes.

Une vidéo qui sauve, signe après signe

Reste une question : alerter, c'est bien, mais que faire de ses mains en attendant les secours ? Là encore, l'information doit être accessible, et pas seulement traduite à la va-vite.

Urgence 114 propose une vidéo dédiée à la gestion de l'arrêt cardio-respiratoire (ACR) intégralement en langue des signes française. On y suit, pas à pas, la conduite à tenir : reconnaître l'arrêt cardiaque, donner l'alerte via le 114, débuter les compressions thoraciques au bon rythme, utiliser un défibrillateur automatisé externe. Le tout pensé pour le public concerné, dans sa langue, et non adapté après coup comme un sous-titre oublié.

Ce détail change tout. Une consigne de secours mal comprise, c'est un geste retardé ; un geste retardé, ce sont des pourcentages de survie qui s'envolent. La pédagogie en LSF n'est pas un supplément d'âme : c'est une condition d'efficacité.

Et les CESU dans tout cela ?

Si le sujet résonne particulièrement au sein du réseau des CESU, ce n'est pas un hasard. Former aux gestes et soins d'urgence, c'est notre métier. Mais former tout le monde, c'est notre exigence.

Penser l'accessibilité des apprentissages : supports en LSF, pédagogie visuelle, prise en compte des publics sourds et malentendants dans nos sessions, ce n'est pas cocher une case réglementaire. C'est garantir que la chaîne de survie tienne bon, quel que soit le maillon humain qui se présente. Un témoin formé qui se trouve être sourd reste un témoin formé : potentiellement, le citoyen sauveteur qui fera la différence.

Pour les professionnels des CESU, les ressources d'Urgence 114 constituent un relais précieux : à diffuser auprès des publics concernés, à intégrer dans une réflexion sur l'inclusion de nos formations, à garder sous la main pour rappeler que les premiers secours se conjuguent aussi avec les mains.

En résumé

Un arrêt cardiaque ne laisse que quelques minutes. Grâce au 114 et aux outils pensés en langue des signes, ces minutes décisives ne sont plus suspendues à la capacité d'entendre ou de parler. La chaîne de survie devient ce qu'elle aurait toujours dû être : accessible à tous.

Pour aller plus loin :

  • Le service Urgence 114 et ses ressources : info.urgence114.fr

  • En cas d'urgence pour une personne sourde, sourdaveugle, malentendante ou aphasique : visio, tchat ou SMS via urgence114.fr