Un attentat, une explosion industrielle, une épidémie qui flambe, une vague de chaleur qui submerge les services : ces journées-là ne ressemblent à aucune autre. Quand l'exceptionnel frappe, le système de santé n'a pas le luxe d'improviser. Il s'appuie sur des professionnels préparés, entraînés, et sur une organisation pensée bien avant la crise. C'est précisément l'objet de la note technique de cadrage 2024 « Formation des professionnels du système de santé aux situations sanitaires exceptionnelles », publiée par la Direction générale de la santé. Derrière ce titre un brin solennel se cache un document profondément concret : il dit qui forme qui, à quoi, comment, et selon quelle chaîne de responsabilités. Petit tour d'horizon.
Une SSE, de quoi parle-t-on ?
Une situation sanitaire exceptionnelle (SSE), c'est tout événement qui, par son ampleur ou sa nature, dépasse le fonctionnement habituel du système de soins : afflux massif de victimes, risque nucléaire, radiologique ou chimique (NRC), risque épidémique et biologique (REB), attentat par armes de guerre (AMAVI), événement à fort retentissement psychologique, crise climatique… La réponse française repose sur le dispositif ORSAN, qui articule planification, gestion des moyens et formation des professionnels.
Car aussi solide soit un plan, il ne vaut que par celles et ceux qui sauront le faire vivre le jour J. La formation n'est donc pas un supplément d'âme : c'est l'un des piliers de la préparation aux crises.
Une note de cadrage, pour quoi faire ?
La note vient compléter le guide méthodologique du dispositif ORSAN régional. Son ambition tient en trois mots : clarifier, organiser, coordonner. Elle définit les enjeux de la formation aux SSE, en précise l'architecture, et surtout attribue à chaque acteur, du ministère jusqu'à l'établissement de proximité, un rôle clair.
Le maître-mot ? La coopération renforcée, sous la coordination des agences régionales de santé (ARS). Former les professionnels aux SSE n'est l'affaire de personne en particulier, donc de tout le monde ensemble : opérateurs de soins, structures de formation et institutions tirent dans le même sens.
Quatre publics, une même boussole
L'objectif est limpide : disposer, partout sur le territoire, de professionnels prêts à préparer et à prendre en charge les patients en SSE. Pour y parvenir, la note distingue quatre niveaux de formation, comme autant de poupées russes :
Les professionnels des établissements et de la ville, formés via la formation aux gestes et soins d'urgence (FGSU 1, 2 et SSE) ;
Les formateurs FGSU SSE, qui dispensent ces modules spécialisés sous l'égide des CESU ;
Les référents SSE, chargés de préparer leur établissement ou leur structure à la crise ;
Les formateurs des établissements de santé de référence (ESR), qui forment… les formateurs et les référents.
Une logique en cascade, où chacun transmet à l'échelon suivant. Tous les titulaires de l'AFGSU 1 ou 2 disposent déjà, au passage, d'une première sensibilisation aux SSE grâce au module « urgences collectives ». La spécialisation, elle, se construit ensuite, brique par brique.
La FGSU SSE : dix modules, une formation à la carte
C'est le cœur du réacteur. La formation spécialisée aux gestes et soins d'urgence en situation sanitaire exceptionnelle (FGSU SSE) est dispensée sous l'égide des CESU, et conçue comme un menu modulaire : on suit les modules utiles à sa mission réelle, ni plus, ni moins. Un chirurgien, un pharmacien et un infirmier de ville n'auront pas les mêmes besoins : la note l'assume pleinement avec son approche « métiers ».
Au total, dix modules complémentaires, chacun validé par une attestation :
Urgence collective en pré-hospitalier : l'articulation ORSEC NOVI / ORSAN, le triage, la régulation médicale (3 h 30) ;
Afflux massif de victimes non contaminées en établissement : organiser l'accueil quand les brancards affluent (3 h 30) ;
Stratégies médicales de « damage control » : la prise en charge des blessés par armes de guerre (7 h) ;
Urgence médico-psychologique : soigner aussi les blessures invisibles (14 h) ;
Décontamination hospitalière d'urgence et protection NRC (7 h) ;
Décontamination hospitalière approfondie (7 h) ;
Prise en charge des patients victimes d'agents NRC (7 h) ;
Patients suspects d'infection REB en établissement de santé (3 h 30) ;
Patients atteints d'infection REB en établissement de référence (7 h) ;
Soins critiques en SSE : renforcer les capacités de réanimation (14 h).
Chaque module est animé par au moins un formateur FGSU SSE, épaulé selon les besoins par des experts du domaine concerné. Et parce qu'une crise ne prévient pas du calendrier des formations, l'offre présentielle est complétée par un volet à distance, conçu par l'EHESP avec l'appui du CHU de Rennes, sous l'égide du ministère.
Bonne nouvelle pour les agendas chargés : la FGSU SSE est intégrée au développement professionnel continu (DPC) et inscrite dans ses orientations prioritaires.
Formateurs et référents : les chevilles ouvrières
Deux figures méritent un coup de projecteur.
Le formateur FGSU SSE est titulaire de l'AFGSU 2 et du module qu'il enseigne, affecté dans un service en prise avec les SSE, et validé par son CESU. Sa formation représente 21 heures en présentiel, complétées par un tutorat sur le terrain. Pour garder la main, il anime au moins une session par an et entretient ses acquis tous les quatre ans.
Le référent SSE, lui, est la personne-ressource de son établissement : il élabore et actualise le plan de crise (PGTHSSE à l'hôpital, plan bleu en médico-social, plan SSE de ville en ambulatoire), le diffuse, organise les exercices et tire les enseignements des retours d'expérience. Sa formation dure 14 heures. Et la note pose une règle simple et ferme : chaque structure doit disposer d'au moins un référent SSE. Un minimum qui, en cas de crise, fait toute la différence.
Bon à savoir : les missions de formateur et de référent peuvent être mutualisées selon les ressources locales, et les professionnels déjà en poste sous la note de cadrage de 2014 sont intégrés par équivalence. Personne ne repart de zéro.
Du national au local : une chaîne sans maillon faible
La force du dispositif tient à son organisation en quatre étages :
Au niveau national, le ministère de la santé fixe le cadre réglementaire, définit les doctrines et les priorités, et organise la formation des formateurs ESR avec, à ses côtés, l'ANCESU et les missions nationales de coordination (COREB, CORRAD, CORTOX, CORAMAVI, RNUMP) ;
Au niveau zonal, le CESU de zone appuie ses homologues et contribue aux entraînements interministériels NRBCE ;
Au niveau régional, l'ARS pilote un plan annuel de formation, en s'appuyant sur les établissements de santé de référence régionaux (ESRR), leurs CESU et le réseau régional des CESU (RESU) ;
Au niveau local, l'établissement siège de SAMU et son CESU recensent les besoins et déploient les formations sur le terrain.
On le devine : les CESU sont au centre de l'édifice. Ce sont eux qui forment, coordonnent, tiennent à jour les listes de professionnels habilités et font le lien entre l'expertise nationale et les réalités du terrain. Une mission discrète mais décisive, exactement le genre de travail dont on mesure la valeur le jour où l'on en a cruellement besoin.
Et concrètement ?
Cette note de cadrage n'est pas un texte de plus à ranger dans un classeur. C'est une feuille de route partagée, qui aligne les acteurs et donne à la préparation aux crises la cohérence qu'elle exige. Pour les professionnels des CESU, elle clarifie les responsabilités. Pour les professionnels de santé, elle balise un parcours de montée en compétences. Pour les établissements, elle fixe des obligations concrètes. Et pour les institutions, elle matérialise un engagement : ne jamais laisser l'exceptionnel nous prendre au dépourvu.
La note technique de cadrage 2024 « Formation des professionnels du système de santé aux situations sanitaires exceptionnelles » est consultable dans son intégralité, annexes et référentiels compris.
À retenir : Quatre niveaux de formation, dix modules de FGSU SSE, une coordination assurée par les ARS et les CESU, et une règle d'or : chaque structure de soins dispose d'au moins un référent SSE. Parce qu'en matière de crise, c'est la préparation d'aujourd'hui qui fait la réponse de demain.